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GUIDE 37 Des idées plein la Touraine
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Il me semble indispensable de prendre le temps d’expliquer cette notion d’ « empreinte écologique » (EE) afin de mieux posséder les outils qui peuvent infléchir nos choix. Il va de soi que ma référence est l’ouvrage même de ses concepteurs « Notre empreinte écologique » de Mathis Wackernagel et William Rees, éd. Ecosociété (Montréal), 2005, 207 p.


La notion d’empreinte a eu ses précurseurs dès 1860, le concept a été repris par Rees un siècle plus tard comme outil pédagogique de planification, et alors que M.W effectuait sa thèse auprès de Rees, ils ont eu l’idée du mot empreinte pour visualiser l’impact des activités de l’homme sur terre. Cet ouvrage est une actualisation pour approfondir la notion de Développement Durable. (DD)


En effet, quand en 1987 sort le rapport Brundtland de la commission mondiale sur l’environnement « Notre avenir à tous », le terme de DD allie pour la première fois les notions d’environnement et d’équité, toutefois, bien des controverses vont jaillir pour décider de l’interprétation à donner à ces 2 mots et beaucoup d’énergie sera dépensée de tous bords pour surtout de rien faire qui puisse remettre en question nos paradigmes. Et si aujourd’hui beaucoup de gens ont conscience que ça ne pourra plus durer longtemps ainsi, ils manquent d’outils pour affiner leur jugement et trouver des solutions.


Pour nos deux chercheurs canadiens, la signification réaliste de ces 2 mots était «  Vivre dans les limites de la capacité de produire1 de la nature et assurer à chacun une qualité de vie suffisante », il importait alors de trouver une unité de mesure cohérente pour rendre compte des besoins en capital naturel de l’économie sans présenter les limites des unités précédemment utilisées : l’unité monétaire et l’unité énergie.


La première, référence de tous les modèles économiques, est insatisfaisante tant sur le fond que sur la forme :

  • Elle ne permet pas de hiérarchie entre les différents facteurs de production : ressources, commerce, travail, capital… Seul est pris en compte le cycle de la valeur d’échange : la monnaie.

  • Elle tient pour acquis une capacité de porter 1 extensible à l’infini comme l’est la croissance de l’argent masquant ainsi la réalité biophysique.

  • Elle n’offre pas de substitut aux ressources naturelles

  • Elle occulte complètement l’importance des processus fondamentaux de soutien de la Vie (couche d’ozone, écosystèmes complexes…) qui n’ont pas de prix mais donnent des services gratuits à l’humanité toute entière.

  • Quant à ses fluctuations sur le marché offert par le capital naturel :

    • Elles ne sont pas le vrai reflet des stocks, tout au contraire, l’amélioration des techniques d’exploitation masque l’épuisement des ressources

    • Elles ne renseignent pas sur le seuil critique minimum en deçà duquel la récupération est impossible

    • Elles sont compensables par l’appropriation via le commerce de la productivité biologique d’autres lieux.


La seconde n’a qu’une valeur quantitative sans renseigner sur la qualité d’énergie et de matière disponible ; or le principal facteur qui limite la vie humaine n’est pas la quantité d’énergie mais ce que la nature peut en faire.


Toutes ces considérations prouvent bien que malgré notre réussite technologique, nous restons dépendants de la nature dont la capacité productive est limitée. Il est donc tout à fait pertinent de vouloir chiffrer cette quantité de matière disponible, capturée et transformée par l’homme et pour l’homme et qui retournant dans l’écosphère sous forme de déchets est à éliminer.

L’analyse de ce cycle dans son entier met en œuvre des surfaces de sol et exprime l’EE. L’unité est donc l’hectare, et l’EE se définit par « la surface de sol requise pour soutenir indéfiniment une population humaine à un niveau de vie donné pendant un temps illimité ». L’EE devient ainsi un indicateur de durabilité.


Maintenant, comment la calculer ?


L’EE part de l’hypothèse que toutes les catégories de consommation d’énergie et de matières et d’élimination des déchets requièrent la capacité de production et d’absorption des déchets par le sol et l’eau.

Il s’agit alors de calculer la superficie nécessaire à une population donnée quelle que soit la région où elle vit, pour satisfaire ses besoins de consommation.


1 - Analyse de la consommation :


Sa consommation annuelle est estimée à partir d’articles de consommation spécifiques : l’alimentation, le logement, le transport, les biens de consommation et les services (les entreprises et les gouvernements sont inclus).


Pour chaque article :

  • les quantités sont chiffrées à partir de moyennes fournies par des organismes officiels nationaux ou internationaux

  • l’énergie nécessaire à tout son cycle de vie est calculée (pour la fabrication, le transport, l’élimination)

  • chaque intrant sera considéré s’il en comporte plusieurs (vêtements, mobilier..) puis on fait la somme des intrants.

 

2 - Calcul des surfaces :


Afin d’être exprimables en hectares globaux, les surfaces correspondant à chaque type d’utilisation (terres cultivées, pâturages, forêts, zone de pêche, terrains construits) et n’ayant pas la même bioproductivité sont multipliées par un facteur d’équivalence déterminé par les rendements statistiques de la FAO et actualisé tous les ans.


3 - Limites de la méthode


  • L’éventail des articles de consommation est limité de même que la production des déchets

  • Les calculs tiennent pour acquis que les surfaces nécessaires sont utilisées durablement

  • Elle ne tient pas compte des surfaces détruites par pollution, contamination radioactive…ni les effets négatifs des activités de l’homme sur les écosystèmes


Intégrer ces contraintes se heurterait à des difficultés non mesurables et pour les auteurs, il est préférable de disposer d’un outil assez simple pour être assimilé et utilisé par le plus grand nombre, qui reste assez juste pour saisir l’essence de la réalité et être appliqué dans des situations très diverses que de reculer toujours l’échéance du bilan, faute de perfection.

Gardons en tête que la réalité est encore pire alors pourquoi attendre pour changer ?


L’EE apporte une lumière réelle sur un grand nombre de situations dans la mesure où les mêmes critères sont utilisés pour les comparer :


  • comparer des pays entre eux, des régions ou des villes…

  • juger l’impact écologique des activités humaines

  • visualiser la capacité de porter et les mécanismes de compensation

  • chiffrer l’étendue du dépassement (ce qui est consommé en un lieu, n’est plus disponible pour d’autres)

  • anticiper sur les conséquences sociales

  • avoir une valeur pédagogique assimilable dès l’enfance et source d’une ouverture d’esprit sur des disciplines aussi variées que les mathématiques, la physique, la biologie, la géo-physique, les sciences sociales…de part les interconnexions des problèmes posés.

  • explorer des questions cruciales qui avaient été passées sous silence jusqu’à maintenant

  • prendre des décisions plus responsables après un dialogue coopératif.


Suite à leur démarche, d’autres se sont lancés pour en critiquer les limites ou l’améliorer.

 

Pour moi, j’y vois un outil de base qui fait appel au bon sens et même si les chiffres peuvent être contestés par des experts en mesures, chacun de nous peut l’intégrer dans sa réflexion et même sans calcul, poser clairement des choix durables qui ne soient pas de la peinture verte. Nos ancêtres ont bien fait des cathédrales à l’aune de …la coudée.

Nous verrons des exemples concrets prochainement.




La continuité du livre sur internet : le site de Redefining Progress www.rprogress.org/ en anglais.

Egalement celui de l’institut Angenius.net qui a poursuivi cette réflexion et offre des outils téléchargeables gratuitement. 
  1- capacité de produire ou de porter, en référence à la gestion faunique, désigne la densité maximale de population d’une espèce donnée qu’une superficie peut faire vivre indéfiniment

  2 – l’énergie nucléaire est écartée car non durable : les déchets n’ayant pas de solution et le risque d’accident majeur trop important.

 

 

 

 

Dominique ROBERT

 

Chronique relative à l'environnement

A  Petits pas 

4 mars 2008