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GUIDE 37 Des idées plein la Touraine
Les préfixes bio- ou éco Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

 

 

Tout ce qui était honni hier, aujourd’hui est glorifié.

 

Il en va ainsi des préfixes bio- ou éco- que l’on mêle à toutes les sauces pour ajouter du « vert » à un produit, un service, un concept et pourtant les anciens se souviennent de l’opprobre qu’ils jetaient sur eux. Je ne m’en plaindrai pas, mieux vaut tard que jamais, toutefois dans cette société de l’emballage superfétatoire, on a parfois bien du mal à y retrouver ses petits.


Tout récemment, à quelques heures d’intervalle, j’entends ces propos : 

  • « 7 ha d’AOC risquent de disparaître au profit d’une usine électrique qui est censée faire économiser quelques tonnes de CO2 ».

  • « La Chine n’est pas à l’abri de l’inflation, les cours du porc ont tellement augmenté que de nombreux foyers reportent leur consommation sur des œufs et autres denrées moins coûteuses. »

  • Je suis interpellée dans une grande surface par une connaissance : « Vous y croyez vous aux certifications bios, si votre voisin traite son champ, vous en recevez bien aussi ? » Décontenancée, je me contente de souligner l’injustice qu’il y a à démontrer sa bonne conduite quand d’autres polluent sans vergogne et reçoivent même de l’argent, mais en mon for intérieur, je restai insatisfaite d’avoir répondu à côté du sujet.


Oui, Mr X. vous avez parfaitement raison d’en avoir marre de cette pléthore de logos, de certifications, de règlements dans lesquels chacun de nous se perd ; ça vous parle à vous, le CO2 en tonnes, le marché international… ? Dans ma petite vie, ce ne sont que des mots sans âme, quelques pièces d’un puzzle que je préfère considérer dans son entier. Certains ont défini la notion d’  « empreinte de l’homme sur l’environnement » et pour moi cette notion est beaucoup plus signifiante. Qu’est-elle donc ?


C’est tout simplement la superficie nécessaire à un humain pour vivre en équilibre avec son milieu sans l’épuiser. Ces superficies varient évidemment avec le mode de vie des populations. Ceux qui ont défini ce concept se sont efforcés de calculer l’empreinte à l’échelon d’un pays. Retenons les derniers chiffres concernant la France : le territoire offre 0,8 ha à chaque habitant, et l’empreinte du français est de 2,2 ha. Dis autrement : nous avons droit à un gâteau et nous en mangeons 2 et demi. D’où viennent les 3 moitiés supplémentaires ? Elles sont achetées ? volées ? troquées au reste du monde ?


Si nous reconsidérons les situations de départ à la lumière de ce concept, elles prennent une tout autre signification :

  • Dans le premier cas, le fait de chiffrer l’empreinte de ladite usine en considérant sa fabrication et son fonctionnement aurait montré d’emblée un bilan très lourd.

  • Pour la Chine, avec mon vocabulaire, j’appelle cet état « pénurie alimentaire », chacun sait que c’est l’antichambre de la disette, elle-même l’étant de la famine. Pour servir sa croissance, la chine a fait fi de l’état de ses eaux et de ses sols et elle découvre aujourd’hui que l’argent ne se mange pas. Or chaque produit exporté (ou importé chez nous) est porteur d’une fraction de ce patrimoine, car il a nécessité eau et matières premières pour sa fabrication. Nous importons donc des ha chinois.

  • Et l’agriculture bio ? qu’a-t-elle besoin d’un logo ? par son essence même elle est neutre pour la planète, elle utilise les cycles de la vie et doit pouvoir se reproduire indéfiniment, contrairement à l’agriculture conventionnelle qui utilise beaucoup d’intrants, donc d’énergies, de matières premières et d’ha pour leur fabrication.


C’est bien cette notion qui mérite d’être retenue, qui joue le rôle de dénominateur commun permettant la comparaison entre les situations et les objets. Pour moi, elle mérite sa place dans le tableau des mesures enseignées dès l’école primaire. Nous aurons souvent l’occasion d’y revenir.


A nous maintenant de garder en filigrane cette vision pour

- mieux peser chacun de nos choix personnels

- mieux peser chacune de nos revendications dans nos lieux de vie ou de travail

- mieux interroger chaque proposition susceptible de nous interpeller.

 

 

Dominique ROBERT

 

Chronique relative à l'environnement

A  Petits pas 

30 janvier 2008