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Jeanne d'Arc a quitté Chinon et elle se dirige vers Orléans où elle doit faire lever le siège des Anglais commencé en octobre 1428.
C'est durant le mois d'Avril 1429 que Jeanne fit un court séjour dans la ville de Tours. Une grande imprécision règne quant aux dates , ne nous attardons donc pas sur celles-ci (du 5 Avril au 22 Avril).
Où a-t-elle été Logée ?
Yolande d'Aragon, la belle-mère du Roi Charles VII, s'occupe toujours de Jeanne. La reine mère avait une amie d'enfance dans la ville, elle s'appelait Eléonore de Paul et était maintenant mariée à un seigneur tourangeau Jehan du Puy, châtelain des Roches-Saint-Quentin près de Loches, principal conseiller du roi et trésorier de la reine Yolande d'Aragon. La reine leur demanda de bien vouloir héberger Jeanne dans leur hôtel qui s'élevait rue Briçonnet.
Cette maison est du style début XlVème siècle (on la nomme maison de Tristan). Elle fut modifiée au cours des siècles on encastra dans ses murs une cordelière en panneaux de briques, on fit refaire les moulures, la porte d'entrée, et même des fenêtres entières. Cependant on peut remarquer encore des traces d'écussons (un seul conserve une étoile il se trouve dans une fenêtre d'angle de la façade Est, rue de la paix).
Où allait t elle prier ?
Jeanne d'Arc vint souvent prier à l'église des Augustins (45 bis et 47 rue des halles, angle de la rue marceau et rue des halles). (Le mur Nord se voyait encore en 1939). Dans le grenier, on peut percevoir quelques colon-nettes et quelques vestiges d'une voûte ogivale.
Est-elle allée à la cathédrale de Tours ? Non, car c'était un chantier qui avait repris son activité depuis 2 ans. En 1429, il restait encore à construire toute la partie inférieure de la grande nef, et les deux tours ne s'élevaient alors qu'à une quinzaine de mètres de hauteur.
Son Armure
Son armure fut faite sur mesure. Il fallut de nombreuses séances d'essayage pour qu'elle soit parfaitement adaptée à son corps. On ignore le nom de l'artisan (brigandinier) qui la réalisa ; on pense que c'est Colas de Montbazon qui habitait alors dans la grande rue (actuellement rue Colbert), une maison qui au uméro 39, porte aujourd'hui l'enseigne «A la Pucelle Armée» (1). (Certains historiens pensent que l'armurier habitait rue Braquemart, actuelle rue Sainte Marthe).
Cette armure qui pesait 25 kg, reposait sur une sorte de grande robe matelassée, «cotte d'étoffe brune tombant jusqu'aux genoux et qui avait 2 manches de laine rouge collantes» On dit qu'elle était fabriquée en pièces d'acier poli enduit d'un produit à base d'huile de lin pour les protéger de la rouille. Le porteur de cette armure était donc «vêtu en blanc» ou encore «en clair».
Voici la description de cette armure:
«La cuirasse bombée en quatre pièces était prolongée par une braconnière destinée à protéger le bas du corps, avec épaulières, bras, coudières, avant-bras et gantelets. Les jambes furent garnies de cuissots, genouillères et grèves, les pieds chaussés de solerets terminés en pointe dans le goût des modes civiles du temps. Des manches grises ouvertes adaptées aux épaules flottaient au vent»
Cet équipement lui fut offert par Yolande d'Aragon pour 100 livres tournois (soit le double du prix d'une armure ordinaire !). En même temps qu'elle, Poulangy et Novelompont se firent fabriquer également chacun une armure (120 livres tournois pour les 2 armures).
Un compte de la ville de Tours nous l'apprend
«Au moys d'Avril 1429, après Pasques, il fut versé à Jean de Metz' et à son compagnon, pour luy avoir harnois pour eux armer et habiller pour estre en la compagnie de la dicte pucelle, six vingt livres tournois»
En même temps, on dut harnacher ses deux frères qui furent «armés en blanc»
«Par ordonnance et commandement du roi payer 200 livres tournois pour la despence de la pucelle» (bibliothèque municipale — fonds salmon — 1240 — n° 156.).
Son Étendard et sa Bannière
Jeanne se désigne elle-même comme «chef de guerre», elle doit avoir un étendard. Pour cela, elle s'adresse à un artiste nommé Hauves Poulvoir (ou Heulves Polnoir — Poulnoir — ou Peulevoir). Certains disent qu'il s'agit d'un Ecossais nommé Hamish James Power, qui habite rue du Boucassin (aujourd'hui rue du président Merville — la maison a été détruite en 1940).
Cet artiste travaillait sur une toile blanche et solide nommée Boucassin. Il exerça son métier à Tours de 1428 à 1431. Cet étendard fut brodé (il faut traduire Pictura Textilis par peinture tissée). Jeanne décrit elle-même son étendard .
«Sur un champ semé de fleurs de lis, Dieu y était figuré, assis sur les nuées, le globe dans la main gauche, et bénissant de la main droite. Le sauveur était entouré de deux anges, un genou à terre et présentant chacun un lis. L'étendard était de couleur blanche, de cette toile que l'on nomme boucassin. Il y avait écrit dessus «Jhésus Maria» et il était frangé de soie de France»
Sur l'envers, elle fit placer dans un écu d'azur soutenu par deux anges, une colombe d'argent tenant dans son bec une banderole où se lisait «de Par le Roy du Ciel»
Jeanne voulut également posséder une bannière, on ignore qui lui donna l'autorisation de porter bannière car c'est un privilège réservé aux « seigneurs bannerets », c'est-à-dire ceux qui fournissent au moins 100 hommes d'armes à l'armée royale. Cette bannière de forme triangulaire représentait la vierge Marie et un ange agenouillé devant elle.
L'étendard et la bannière ont coûté 25 livres tournois au trésor royal. Des lettres patentes de Charles VII, données à Chinon le 10 Mai 1429, on peut lire
« À Hauves Poulvoir, peintre demeurant à Tours pour avoir paint et baillé estoffes pour ung grand estandart et ung petit, pour la pucelle 25 livres tournois » Hemont Raguier — trésorier de la cour de France (bibliothèque municipale — ms 1240 — n° 156.)
Son Épée
Plus tard, elle ordonna qu'on aille lui chercher l'épée qu'elle avait remarquée et qui se trouvait dans la chapelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois.
- «Tandis que j'étais à Tours ou à Chinon, j'envoyais chercher une épée qui se trouvait dans l'église Sainte-Catherine-de-Fierbois derrière l'autel, et l'on l'y trouva aussitôt, toute rouillée»
- «Comment saviez-vous que cette épée fut là ?»
- «Cette épée était en terre toute rouillée et la garde était ornée de cinq croix. Je sus qu'elle se trouvait là par mes voix. J'écrivis aux ecclésiastiques dudit lieu qu'ils voulussent bien m'envoyer cette épée et ils me l'envoyèrent. Elle n'était pas trop enfoncée en terre derrière l'autel».(1>
— «On a vu que de nombreuses armes étaient déposées sur le sol ou accrochées en ex voto dans la chapelle. Mais Jeanne avait déjà repéré l'épée qu'elle désirait , elle lui fut rapportée par un armurier de Tours et non pas une épée qui se trouvait sous terre derrière l'autel !»'" Cette prétendue « découverte » de l'épée de Fierbois contribua à accroître le renom de Jeanne, car le peuple y vit un signe manifeste de l'intervention de Dieu !
Sa Maison Militaire
Le roi avertit la pucelle qu'il lui constituait une maison militaire, « comme à un chef de guerre pour la sûreté de sa personne » (déposition de Jean d'Aulon III P 209), c'est-à-dire qu'on lui met des gens à son service.
Avec Louis de Coûtes, elle eut un deuxième page nommé Raymond (qui malheureusement fut tué devant Paris l'année suivante).
On lui donna aussi deux hérauts Ambeville et Guyenne, messagers transportant des lettres destinées aux personnalités.
Si Jeanne a pu disposer de deux messagers c'est qu'elle était désormais traitée comme un seigneur de haut rang. Elle reçut également un confesseur (ou chapelain), c'est le frère Jean Pasquerel, ermite de saint Augustin à Anche. La légende qui veut que ce soit la pieuse Isabelle de Vouthon qui avait rencontré ce frère au pèlerinage du Puy-en-Velay est très contestable.
Elle dispose aussi de plusieurs chevaux (une douzaine au total). Elle déclarera plus tard qu'elle possédait 5 coursiers (chevaux de bataille que l'on nomme également Destriers et 7 «Trottiers» (les trottiers servent aux déplacements de son entourage).
Le Départ
Maintenant, tout est prêt. Jeanne possède une armure, un étendard, une épée et des chevaux. Elle quitta la ville de Tours le vendredi 22 avril elle retrouva ses compagnons qui l'attendaient à côté du château et la petite troupe longea ensuite la Loire en direction de Blois.
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